Foot: nouvelle passe d'armes entre l'UEFA et la Fifa
Un nouvel épisode du feuilleton de la crise au sein des instances du foot: le patron de l'UEFA Aleksander Ceferin a critiqué mardi l'"empereur" Gianni Infantino, patron de la Fifa qui dénonce elle-même la "campagne de désinformation" de la confédération européenne pour "influencer" le cours de l'élection présidentielle de 2027.
"Le football n'a pas besoin d'empereurs", a lancé lors de l'assemblée générale des clubs de football européens (EFC) à Copenhague le Slovène, meneur de la fronde anti-Infantino depuis l'annonce cet été de son projet - finalement abandonné - d'ouvrir l'instance aux investisseurs privés.
"N'oublions jamais que le football est plus grand que ceux qui le dirigent. Nous en sommes les gardiens, pas les propriétaires. Personne n'a le droit de vendre son avenir", a ajouté Ceferin.
Cette charge du patron de l'instance européenne intervient dans un contexte de conflit ouvert depuis cet été entre d'un côté la Fifa et de l'autre l'UEFA rejointe par d'autres confédérations comme la Concacaf (Amérique du Nord, centrale et Caraïbes) et l'AFC (Asie), lesquelles réclament une réforme de la gouvernance, avec même plusieurs appels à la démission de M. Infantino.
Elle intervient également le même jour qu'une virulente contre-attaque de la Fifa.
Alors que l'UEFA a adressé une requête à un tribunal de Floride pour obtenir l'accès à des documents liés au projet d'Infantino, l'instance dirigeante du football mondial a riposté dans un courrier de 26 pages demandant à la justice floridienne de rejeter cette requête.
- Élections en mars 2027 -
Selon l'instance mondiale, cette requête a surtout pour objectif de peser sur l'élection présidentielle de la Fifa prévue le 18 mars 2027, où Infantino vise sa réélection.
"L'UEFA agit dans le but de harceler et non en raison d'un quelconque besoin légitime de mesures d'instruction", accuse la Fifa, qui lui reproche d'être "de mauvaise foi".
Fin août, l'UEFA a pavé le chemin d'une plainte pour "gestion déloyale" contre le patron de la Fifa -- une infraction passible de cinq ans d'emprisonnement, qui suppose de démontrer qu'il a intentionnellement lésé les intérêts de la Fifa --.
Pour cela, la puissante confédération européenne a saisi la justice de Floride pour contraindre les filiales américaines de l'instance à lui remettre une série de documents liés au projet Fifa Forward Enterprise (FFE) du dirigeant italo-libano-suisse, finalement abandonné face aux critiques, de placer les recettes de la Coupe du monde dans une société ouverte aux investisseurs privés.
Dans sa requête de 60 pages, alors consultée par l'AFP, l'UEFA précisait qu'il s'agissait de nourrir "une procédure étrangère", lancée ultérieurement devant la justice suisse contre Gianni Infantino "et éventuellement d'autres responsables et conseillers de la Fifa".
Selon cette dernière, "le dossier de l'UEFA contient de nombreuses affirmations fausses ou trompeuses concernant la Fifa et M. Infantino (...). Sans le moindre fondement, l'UEFA suggère que M. Infantino a cherché à tirer un profit personnel" en proposant d'ouvrir la Coupe du monde à des investisseurs privés.
- Redistribution -
La Fifa estime que le projet de revente des droits du Mondial "était soumis à l'approbation à la fois des (211) fédérations membres et du Conseil de la Fifa", rejetant "les insinuations de l'UEFA selon lesquelles M. Infantino aurait violé une quelconque loi ou principe éthique" comme "catégoriquement dénuées de tout mérite".
Il y a dix jours, Aleksander Ceferin, le président de l'UEFA, et Victor Montagliani, celui de la Concacaf, pressenti comme un possible candidat à l'élection, avaient par ailleurs demandé à la Fifa de verser "au moins 10 millions de dollars" à chacune des 211 fédérations membres, en puisant dans les réserves de la Fifa estimées selon eux à "environ 6 milliards de dollars".
Gianni Infantino leur a répondu aussi sur ce point lundi soir, se disant ouvert à des discussions pour une meilleure redistribution des ressources de l'instance, mais sans "préjuger du montant", dans une lettre aux présidents des six confédérations que l'AFP a consultée.
En outre, le président de la Fifa, dont la gouvernance est vivement contestée avec même des appels à sa démission, a proposé la semaine passée "une consultation" des fédérations membres afin de réformer le fonctionnement de l'instance, promettant d'examiner les propositions lors du prochain Conseil de l'instance, le 15 octobre.
En attendant, l'Italo-Suisse demeure le seul candidat à sa propre succession à la tête de la Fifa, la date limite pour le dépôt des candidatures étant fixée au 18 novembre.
V.Lambert--PS