Budget: Lecornu colmate les fuites et déconcerte
Fébrilité avant un débat budgétaire à risque ? Chorégraphie calculée ? La saisine de la justice par Sébastien Lecornu sur des fuites concernant le projet de budget interroge alors que ses adversaires n'entendent rien laisser passer à quelques mois de la présidentielle.
Le Premier ministre, qui fêtera mercredi sa première bougie à Matignon, s'est fâché lundi contre les fuites dans la presse sur les hypothèses de travail du gouvernement sur le projet de loi de Finances de 2027, très contraint par la dette et le déficit. En l'occurrence celles concernant une imposition de l’épargne salariale.
Une colère exprimée en trois actes. Sur le réseau social X d'abord, il a jugé "grave" que des "informations de travail" se retrouvent dans la presse.
Puis Matignon a fait savoir que le chef du gouvernement "ne s'est jamais prononcé en faveur" d'une telle mesure, et qu'à "l'inverse" il soutient le déblocage de cette épargne jusqu'à 5.000 euros, comme le propose le sénateur LR Olivier Rietmann.
Enfin dans la soirée, ses services ont annoncé dans un communiqué avoir saisi la justice --par un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale-- sur cette fuite susceptible de "troubl(er) la vie des affaires".
- Brouillage -
D'anciens ministres et conseillers relèvent que ce type de saisine n'est vraiment "pas courante" même si en 2017, la ministre du Travail d’alors, Muriel Pénicaud, avait porté plainte contre X après la publication dans la presse de pistes envisagées pour réformer le droit du travail par ordonnances.
A l'aube d'une bataille budgétaire homérique avant la présidentielle et alors que le risque d'une crise financière augmente, le chef du gouvernement peut être inquiet.
Un député Horizons voit dans sa réaction "un peu de fébrilité" et "un gouvernement aux abois, qui ne sait pas trop où il va, ou qui ne tient pas ses troupes".
Les fuites "c'est un peu énervant, ça fait un peu de brouillage, mais ça a toujours existé", rappelle l'élu, alors que chaque automne, les pistes budgétaires fleurissent dans les journaux comme autant de "ballons d'essai" pour tester l'opinion avant les arbitrages.
"Tu mets l'élément dans l’atmosphère pour faire évoluer les mentalités et faire pencher la décision", se souvient un ancien conseiller de Bercy.
Une ministre y voit plutôt la volonté de Sébastien Lecornu, très en contrôle de tout ce qui sort de Matignon, d'une "maitrise des discussions" pour ne pas déstabiliser davantage le gouvernement, privé de majorité et menacé de censure. Car "le risque (financier) de cette année n’est pas le même que les autres années. Tout est très très fragile".
- "Nuire" -
Gaulliste revendiqué, le locataire de Matignon n'est pas insensible à ces mesures d'épargne salariale instaurées par le général De Gaulle sur l'intéressement ou la participation et renforcées sous Emmanuel Macron.
Mais un ancien conseiller ministériel estime qu'il a "surjoué" sa réaction, en saisissant la justice, pour masquer un revirement sur l'épargne salariale, au vu des réactions négatives du camp Renaissance, à commencer par celles des ex-ministres Olivia Grégoire ou Bruno Le Maire.
Un autre ancien ministre considère, lui, que cette volte-face "transpire la pré-candidature" à la présidentielle, pourtant démentie régulièrement par Sébastien Lecornu lui-même. Ou à tout le moins "c'est la marque de +je veux qu’on me considère+".
Autre scénario pour expliquer les fuites : des fonctionnaires peuvent être tentés de faire de la politique alors que certains sont déjà "engagés dans les équipes de campagne", estime de son côté un familier des couloirs de Bercy. "C'est une façon de nuire", pour l'ex-conseiller.
C.Thomas--PS