Le média Disclose et RSF appellent à se mobiliser contre la "traque des sources"
Le média d'investigation Disclose et Reporters Sans Frontières (RSF) ont appelé jeudi à "se mobiliser" contre une "traque des sources", au lendemain d'une décision judiciaire ordonnant la reprise des investigations sur les sources de Disclose dans une série d'articles.
Ces derniers, publiés depuis 2019, portent sur des ventes d'armes françaises à l'étranger et sur l'opération "Sirli", une mission de renseignement française en Egypte que ce pays aurait détournée pour cibler et tuer des opposants.
Après des plaintes contre X du ministère des Armées, une instruction avait été ouverte en juillet 2022.
En septembre 2023, la journaliste Ariane Lavrilleux, co-autrice des articles, avait été perquisitionnée et placée en garde à vue - des mesures qui avaient choqué la profession. Elle avait échappé à la mise en examen, en étant placée sous le statut de témoin assisté début 2025.
A l'issue des investigations, les juges avaient prononcé un non-lieu en faveur de la journaliste, estimant que les articles étaient "d'intérêt général, intéressant le public et le débat démocratique".
Revirement mercredi: non-lieu infirmé par la cour d'appel de Paris et retour aux juges d'instruction.
La cour "relance la traque de nos sources", s'est insurgée jeudi Ariane Lavrilleux lors d'une conférence de presse.
Cette "traque vise à faire peur à tous les lanceurs d’alerte, qui prennent des risques au quotidien pour faire émerger des informations cruciales sur des mensonges de l'Etat, des crimes et des injustices", a-t-elle insisté.
"Mon affaire pourrait se démultiplier, il pourrait y avoir de nombreux autres journalistes et lanceurs d’alerte inquiétés", a-t-elle prévenu, appelant à "se mobiliser".
"Il faut qu’on ait une expression de la solidarité de la profession et des citoyens", a abondé Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters Sans Frontières.
Outre Ariane Lavrilleux, avec la poursuite des investigations, "tous les signataires de l'article vont être auditionnés", anticipe Mathias Destal, cosignataire, et cofondateur de Disclose.
Il dénonce une volonté "d'intimider les journalistes" mais aussi de "priver les citoyens d'informations cruciales" et de "protéger les intérêts des industries d'armement".
Les juges d'instruction avaient aussi renvoyé un ingénieur militaire devant le tribunal pour qu'il soit jugé pour compromission du secret de la défense nationale - la juge estimant qu'il était la source de Disclose, ce que le militaire nie.
Pour lui aussi, infirmation et investigations supplémentaires ordonnées.
La chambre de l'instruction de la cour d'appel estime que la "construction intellectuelle" des juges sur le militaire présenté comme une source "est insuffisante", explique Me Christophe Bigot, avocat d'Ariane Lavrilleux. "Le revers de la médaille, c'est qu'on veut continuer à chercher les sources".
M.Marie--PS