En Inde, la restauration d'une île corallienne menacée de disparition
La minuscule île de Kariyachalli en Inde est menacée de disparition, grignotée par la mer. Des scientifiques et une poignée d'habitants s'emploient à recréer la barrière naturelle de corail et d'algues qui la protégeait autrefois.
Une dizaine d'habitants, issus de communautés qui vivent des marais salants et de la pêche, se rendent chaque jour sur le chantier de l'île du golfe de Mannar, entre l'Inde et le Sri Lanka, qui a perdu plus de 80% de sa superficie.
A l'abri d'un auvent, ils attachent avec de la ficelle de jute de jeunes pousses vertes. Fixées à des structures en bois, elles sont ensuite immergées et ancrées sur les fonds marins.
Cette bande de terre est passée de 20,85 hectares en 1969 à seulement 3,14 hectares en 2025 et pourrait être submergée en 2036 si rien n'est fait.
Elle fait partie d'un chapelet de 21 îles inhabitées qui ont contribué à amortir la puissance du tsunami dévastateur de 2004 dans l'océan Indien.
"Ces petites îles, les herbes marines et les massifs coralliens ont absorbé le choc", explique K. Diraviya Raj, professeur à l'Institut de recherche marine Suganthi Devadason, à la tête de ce projet.
"Ce sont comme des barrières naturelles qui stoppent les catastrophes naturelles", explique-t-il.
Mais aujourd'hui, la plupart de ces petits morceaux de terre s'érodent à mesure que le niveau de la mer s'élève, avec le réchauffement de la planète.
Deux d'entre eux ont déjà été rayés de la carte.
La réserve de biosphère marine du golfe de Mannar est l'une des plus riches d'Asie, avec sa flore marine, ses récifs coralliens et ses dugongs, des mammifères marins herbivores classés comme vulnérables.
Mais peut-être plus pour très longtemps.
- Transplantations -
L'AFP a été exceptionnellement autorisée par le gouvernement indien à se rendre sur Kariyachalli, à 4 km en bateau de la ville de Thoothukudi, pour observer le chantier de préservation de l'île.
D'un montant de 460 millions de roupies (4,2 millions d'euros), il prévoit l'installation de 8.500 modules de récifs artificiels, la transplantation de coraux et la restauration des herbiers marins.
Les récifs artificiels, de deux à trois tonnes chacun, permettent la fixation et le développement des coraux. Quant aux herbiers, ils doivent fixer les sédiments sur les fonds marins et offrir un habitat aux espèces marines.
Entamé en avril 2025, le chantier doit s'achever fin septembre et sera ensuite surveillé par les scientifiques.
- Recul corallien -
Une responsable de l'Etat du Tamil Nadu, Supriya Sahu, estime que ce projet est la seule solution pour protéger les côtes et les habitants du littoral.
"Sinon, ils restent exposés aux tempêtes, aux cyclones, à la montée du niveau de la mer et à l'érosion".
Dès les années 1960 et 1970, l'extraction du corail a fortement dégradé les récifs entourant les îles. La pollution, les activités humaines et les épisodes répétés de blanchissement des coraux liés au réchauffement des mers ont ensuite aggravé la situation.
Autour de Kariyachalli, la superficie des récifs coralliens est passée de 500 hectares en 2005 à 197 en 2021.
Pour le professeur Raj, le changement climatique rend ces efforts de restauration encore plus indispensables, afin que les coraux puissent s'adapter aux nouvelles conditions et former les récifs de demain.
- "Préserver l'écosystème" -
Des travaux de ce type ont déjà été menés sur deux autres îles du golfe de Mannar, Shingle et Vaan, avec des résultats prometteurs.
A Vaan, l'installation d'environ 10.000 modules de récifs artificiels a permis de restaurer une partie de la superficie de l'île. Et à Shingle, les coraux transplantés ont mieux résisté à l'épisode sévère de blanchissement de 2024 que les récifs plus anciens.
Un rapport de l'ONU publié en mars a établi que l'excédent de chaleur observé sur la planète était stocké à 91% dans l'océan, qui joue le rôle de tampon contre la hausse des températures sur les terres émergées.
"Certaines espèces de coraux peuvent naturellement supporter des variations anormales de température. Nous cherchons à identifier ces coraux pour les utiliser dans de futurs programmes", explique M. Raj.
Pour Martina, 29 ans, qui travaille sur ce chantier depuis le début de l'année, ce projet pourrait contribuer à restaurer les ressources marines dont son père, pêcheur, dépend pour vivre.
"Les herbiers favorisent la reproduction des poissons et contribuent à préserver l'écosystème", dit-elle, "cela améliore nos conditions de vie".
L.Lefevre--PS