Aléas climatiques: les filles exposées à "un risque accru de décrochage scolaire"
Canicules, tempêtes, incendies... Les chocs climatiques extrêmes ont exposé les filles à "un risque accru de décrochage scolaire" en 2025, a indiqué jeudi l'Unicef, déplorant qu'elles "assument des responsabilités supplémentaires" au sein de leur foyer lors des catastrophes naturelles.
"Pour des millions d'enfants, les aléas climatiques ne se contentent pas de perturber les cours, ils détruisent leurs écoles, déracinent leur famille et privent les plus vulnérables d'entre eux, en particulier les filles, de la possibilité de retourner un jour en classe", détaille la directrice générale de l'agence onusienne Catherine Russell dans un communiqué.
Lors d'évènements météorologiques intenses, les filles "assument des responsabilités supplémentaires", pointe le rapport. Contrairement à leurs camarades garçons, elles s'occupent davantage de leur famille, notamment en allant chercher de l'eau.
"Ces pressions augmentent aussi le risque qu'elles soient mariées à un âge précoce", les éloignant ainsi de la possibilité de retourner à l'école.
Plus généralement, les chocs climatiques, de plus en plus fréquents et intenses en raison du réchauffement climatique, ont eu "de lourdes répercussions sur la scolarité" de plus de 171 millions d'enfants dans 106 pays l'année dernière, souligne l'Unicef, précisant que ces chiffres doivent être appréhendés avec "précaution" en raison de données lacunaires.
De la maternelle au lycée, l'éducation d'un élève sur dix a donc été impactée par les classes fermées, les écoles détruites ou encore les vacances prolongées.
En 2024, près de 250 millions d'enfants dans 85 pays, soit un sur sept, se trouvaient dans ce cas, selon l'agence onusienne.
Cette baisse s'explique par un changement de méthodologie, plutôt que par une amélioration de la situation climatique. Si l'Unicef s'appuyait précédemment sur les chiffres des gouvernements, elle fonde dorénavant ses études sur les informations des agences humanitaires et des médias locaux.
- "En péril" -
En 2025, les tempêtes ont été la principale cause des perturbations scolaires, avec au moins 109 millions d'écoliers concernés.
En octobre seulement, les cours ont été suspendus dans 23 pays, notamment en raison du puissant cyclone Montha en Asie du Sud ou de l'ouragan Melissa qui a dévasté une partie des Caraïbes.
Les inondations ont également affecté la scolarité de 70 millions d'enfants. Au Pakistan, causées par la mousson, elles ont retardé la rentrée scolaire de plus de 28 millions d'enfants. Enfin, les vagues de chaleurs ont perturbé l'année scolaire de 50 millions d'élèves.
En tout, la moitié des enfants dans le monde, soit environ un milliard, vivent dans des pays à très haut risque de chocs climatiques et environnementaux.
Au-delà des conséquences temporaires, l'agence onusienne s'inquiète des effets à long terme de ces catastrophes qui "mettent en péril la vie et l'avenir des enfants", déplore Catherine Russell.
En effet, pénalisés par une perte d'apprentissage, l'ensemble des élèves victimes du climat en 2025 pourraient subir, sur toute leur vie active, des pertes de revenus d'au moins 172 milliards d'euros, selon une estimation de l'Unicef.
Et cela pourrait aggraver les inégalités dans le monde, 75% des écoliers impactés étant originaires de "pays à faible revenu", souvent dépourvus de "ressources nécessaires pour préserver l'apprentissage lors des urgences climatiques", poursuit le rapport.
- "Crise" de l'apprentissage -
En outre, cette perte d'apprentissage et la hausse de la déscolarisation "tendent à réduire la productivité de la main d’œuvre" et "à ralentir la croissance économique", détaille l'étude.
De manière générale, "les aléas climatiques perturbent plus l'éducation que tout autre service essentiel", obligeant les enfants à "payer le prix fort d'une crise qu'ils n'ont pas causé".
"Le changement climatique aggrave la crise mondiale de l'apprentissage", insiste le rapport. "Aujourd'hui, selon les estimations, deux-tiers des enfants de 10 ans à travers le monde ne peuvent pas lire et comprendre" un texte simple.
Ainsi, l'Unicef appelle à investir notamment pour rénover les infrastructures éducatives ou en construire de nouvelles plus résistantes à ces aléas.
En 2026, "les chiffres risquent d'être plus importants", appuie auprès de l'AFP Jodie Soret, responsable du service plaidoyer et programmes à l'Unicef France. Si le climat a "déjà été très perturbé depuis le début de l'année", poursuit-elle, la situation devrait s'aggraver avec le phénomène climatique El Niño, qui réchauffe les eaux et favorise la formation de puissantes tempêtes.
Depuis mai, les canicules à répétition ont par exemple causé de nombreuses fermetures d'écoles en France.
B.Mercier--PS