Cryptomonnaies : Binance promet de couvrir les pertes du piratage record, la Corée du Nord soupçonnée
Le géant des cryptomonnaies Binance a promis vendredi de couvrir l'intégralité des pertes de ses clients après un piratage au préjudice estimé à un record de 6,3 milliards de dollars (5,6 milliards d'euros), que des spécialistes attribuent à la Corée du Nord.
Donald Trump a affirmé vendredi que les États-Unis cherchaient à déterminer si des pirates informatiques nord-coréens en étaient à l'origine: "Nous examinons la question", a déclaré le président américain à des journalistes.
La société d'analyse TRM Labs estime, avec un degré de confiance élevé, que l'attaque est l'œuvre de TraderTraitor, un groupe de pirates affilié à Pyongyang. Le FBI leur avait attribué le vol de 1,5 milliard de dollars subi en février 2025 par la plateforme Bybit, jusqu'ici le plus important du secteur.
Environ la moitié des fonds visés, soit quelque 3 milliards de dollars, ont été gelés par des partenaires de la plateforme, et ces opérations se poursuivent, selon Binance.
La plateforme -- la première au monde par le volume d'échanges -- a reconnu une "attaque complexe" et suspendu les retraits de ses clients. Son enquête préliminaire a pointé vers le piratage de l'ordinateur portable d'un collaborateur, avant de révéler "des points de brèche supplémentaires", a écrit la société sur X, promettant à ses clients de "couvrir toutes les pertes".
Dans une vidéo publiée vendredi, le codirigeant de Binance Richard Teng a indiqué que la plateforme avait mis de côté plus de 6,34 milliards de dollars de fonds propres pour couvrir les actifs volés, dont 5 milliards déjà détenus dans les cryptomonnaies concernées, le reste étant racheté sur le marché.
"Nous n'utilisons jamais les fonds des clients, ils ne sont donc pas touchés", a-t-il assuré, précisant que l'attaque avait visé un portefeuille connecté à internet appartenant à Binance.
"Cette attaque n'a pas été menée par une seule personne", a ajouté Richard Teng, selon qui les pirates ont contourné les contrôles internes et effacé leurs traces au fur et à mesure.
"Nous avons bon espoir que les utilisateurs pourront effectuer des retraits avant l'échéance de dimanche", soit "d'ici 40 heures", a indiqué vendredi Richard Teng, précisant que le service, en cours de reconstruction, ne serait pas rétabli "tant qu'il n'aura pas passé des tests rigoureux".
Binance publiera lundi un rapport de preuve de réserves permettant une vérification publique de ses avoirs.
Vers 20H40 GMT, le bitcoin s'échangeait à 76.930 dollars, en repli de 3,7% sur vingt-quatre heures, dans un marché également pénalisé par la chute des valeurs technologiques à Wall Street, en raison d'inquiétudes sur le volume des dépenses dans l'IA.
Le marché "n'est pas en mode panique", avait estimé dans la matinée pour l'AFP Stéphane Ifrah, analyste de la plateforme française Coinhouse, évoquant un impact "très, très limité".
- plateformes non régulées -
Interrogé par l'AFP, le FBI s'est dit "informé de l'incident" et a indiqué travailler avec des partenaires publics et privés pour "en comprendre l'ampleur, évaluer les conséquences potentielles et coordonner les mesures d'enquête".
Le ministère américain de la Justice n'a pas confirmé l'existence d'une enquête et a rappelé que la plateforme restait "tenue de coopérer avec les forces de l'ordre" aux termes de l'accord de plaider-coupable conclu en 2023.
Le président de la CFTC, régulateur américain des marchés dérivés, Michael Selig, a estimé sur CNBC que "le vrai problème" tenait au fait qu'il s'agit de "plateformes offshore non régulées, qui ne disposent pas des mêmes garde-fous que nos marchés financiers aux États-Unis".
Cette attaque intervient alors qu'OpenAI et Anthropic ont annoncé cette semaine avoir réfuté, grâce à leurs modèles d'IA, une conjecture d'informatique théorique sur la vitesse de résolution de certains problèmes logiques, un résultat sans conséquence pratique pour les systèmes de chiffrement selon les deux groupes, ce qu'ont confirmé trois spécialistes de l'informatique théorique dans un entretien avec l'AFP.
Rien n'indique à ce stade que l'attaque contre Binance ait exploité une faille cryptographique.
N.Lucas--PS