L'Espagne sous le choc au premier jour d'un deuil national après la catastrophe ferroviaire
L'Espagne demeure jeudi sous le choc au premier jour d'un deuil national de 72 heures après la collision entre deux trains qui a fait au moins 69 morts la veille.
Des familles tentent toujours désespérément d'obtenir des nouvelles de leurs proches et les secours poursuivent leurs recherches dans les voitures endommagées.
La pire tragédie ferroviaire dans le pays a provoqué la colère des Espagnols et relancé les questions sur l'état du réseau national, après que le ministre des Transports a pointé une "erreur" humaine et des "circonstances inexplicables" qui ont abouti à la collision.
L'accident a eu lieu mercredi matin sur la commune d'Urda, dans la région de Castille-La-Manche (centre), quand un train de la compagnie nationale Renfe a percuté par l'arrière, sur la même voie, un train de l'opérateur privé Iryo, qui avait été forcé à l'arrêt après une panne informatique du système de signalisation.
Au total, environ 550 personnes était présentes à bord des deux trains au moment de l'impact.
D'imposantes grues et des équipes cynophiles sont à l'oeuvre.
- Minute de silence -
Sur place, comme ailleurs dans le pays, une minute de silence en hommage aux victimes a été respectée à 11h00 GMT.
Pablo Mejia, 42 ans, raconte à l'AFP qu'un changement de siège à la dernière minute à bord du train en marche lui a sauvé la vie: "Il y a eu un choc très violent", a-t-il expliqué, évoquant "les gens au sol, les uns sur les autres, des sièges arrachés, une grande confusion".
Le Premier ministre Pedro Sánchez, qui a décrété trois jours de deuil national jusqu'à samedi, a de son côté réclamé d'"éclaircir" les causes à l'origine de l'accident.
Les autorités "travaillent jour et nuit" notamment pour, à terme, "renforcer la sécurité pour que (ce type d'accident) ne se reproduise plus", a-t-il assuré.
Le dispositif mis en place ces dernières heures doit permettre d'apporter "une réponse rapide, urgente et efficace", a-t-il martelé.
Le bilan est monté à 69 morts, a par ailleurs annoncé le président de la région, Emiliano García-Page, qui a souligné que 50 personnes demeuraient hospitalisées en Castille-La-Manche.
Parmi les personnes décédées figure Fátima Báñez, ancienne ministre de l'Emploi et de la Sécurité sociale au sein du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy entre 2011 et 2018, selon le Parti populaire (PP), dont elle était membre.
De son côté, le Quai d'Orsay à Paris a indiqué que la France restait sans nouvelles de "plusieurs" de ses ressortissants.
Depuis la veille, les proches des passagers, souvent très inquiets, sont accueillis dans le village d'Urda, situé à un peu moins de 150 km au sud de Madrid, où ils viennent se renseigner sur le sort de leurs proches.
Interrogé par l'AFP, le curé d'Urda, José Miguel Fernández, explique avoir échangé avec plusieurs d'entre eux: "Beaucoup d'entre eux étaient sereins, d'autres nerveux, désespérés. Ils voulaient savoir tout de suite et avoir des nouvelles".
- "Pas continuer comme ça" -
L'enquête suit son cours, mais le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez fait déjà face à des critiques concernant la gestion du réseau ferroviaire à grande vitesse, le deuxième du monde, après celui de la Chine.
"On ne peut pas continuer comme ça", a tonné le patron du Parti populaire (droite) Alberto Núñez Feijóo, appelant à "des réponses" aux questions sur l'accident.
Près de 26 millions de passagers ont voyagé en TGV entre janvier et août en Espagne, deuxième destination touristique mondiale, selon des chiffres de l'Institut national de la statistique (INE).
En 2013, le déraillement d'un train avait fait 80 morts près de Saint-Jacques-de-Compostelle (nord-ouest).
Y.Martinez--PS