Merz annonce une manne d'investissements privés pour relancer l'Allemagne
Des investisseurs allemands et étrangers se sont engagés à investir environ 230 milliards d'euros en Allemagne, a annoncé mardi le chancelier Friedrich Merz à l'issue d'un sommet pour attirer les capitaux privés, une aubaine en pleine crise politique et économique.
Démarré lundi soir, le sommet a permis d'engranger des investissements à hauteur de 16 milliards d'euros du géant américain du commerce en ligne Amazon, mais aussi des mastodontes Nvidia et Microsoft, du groupe français de santé Sanofi ou encore de l'énergéticien allemand RWE.
"Nous honorerons cette confiance. L'Allemagne restera une place d'investissement fiable", a promis le chancelier conservateur, vantant une liste "longue et impressionnante" d'entreprises.
Cette manne de capitaux est une bonne nouvelle pour la première économie européenne en crise, confrontée à une série de problèmes structurels et dont la croissance, estimée à 1,3% pour 2026, repose principalement sur de l'investissement public.
Fragilisé par de lourds revers électoraux, des querelles gouvernementales à répétition et une popularité au plus bas, Friedrich Merz cherche à se relancer en prouvant l'attractivité de l'Allemagne.
- Accélérer les réformes -
Cette première édition allemande, réunissant quelque 200 dirigeants et investisseurs, rafle donc plus que le sommet "Choose France" d'Emmanuel Macron, dont Berlin s'est inspiré, avec 93 milliards annoncés en juin. Mais le PIB allemand est environ 1,5 fois plus élevé que celui de son voisin.
Au pouvoir depuis un an et demi, la coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates a misé sur des allègements fiscaux et règlementaires pour stimuler une économie en stagnation.
Mais les milieux économiques exhortent le gouvernement à accélérer les réformes, dans un contexte de prix élevés de l'énergie, de droits de douanes américains et de concurrence chinoise accrue, particulièrement dans l'automobile.
"Le gouvernement fédéral continuera d’améliorer les conditions d'investissement en Allemagne", a insisté le chancelier, citant la réduction de la bureaucratie et des autorisations plus rapides pour les permis de construction.
Pour sa croissance, Berlin peut compter en 2026 sur des centaines de milliards d'investissements publics dans la défense et les infrastructures, mais les capitaux privés peinent à affluer de la même façon.
"Les investissements permettent de développer nos infrastructures, des routes à l’école, afin que nous puissions toutes et tous bien vivre ici en Allemagne", a estimé M. Merz.
- "Un pays d'investisseurs" -
Quant aux ménages, freinés par la hausse des prix des carburants en pleine guerre au Moyen-Orient, ils ne consomment et n'investissent pas autant qu'espéré.
C'est pourquoi, au-delà des capitaux des grandes entreprises, Friedrich Merz a dit mardi vouloir faire "d'un pays d'épargnants un pays d'investisseurs".
Les députés allemands ont adopté vendredi un dispositif inédit de retraite privée par capitalisation pour les mineurs, l'État allemand misant sur les placements à long terme en Bourse.
Ce qui contraste avec la propension allemande à l'épargne bien ancrée face aux crises inflationnistes à répétition.
Ce "changement de culture" va "transformer profondément notre pays, et ce de manière positive", a opiné à ses côtés le vice-chancelier Lars Klingbeil, membre des sociaux-démocrates.
Pour le moment, seul Amazon a annoncé un montant concret d'investissement, de 16 milliards d'euros en 2027 notamment dans les centres de données et les infrastructures d'intelligence artificielle.
Lundi, Berlin a conclu avec Nvidia un partenariat afin d'accélérer le développement de l'intelligence artificielle appliquée à l’industrie, sans donner de chiffres.
Au sommet, Friedrich Merz a également défendu "la protection de la propriété" face aux plans de nationalisation de grands groupes immobiliers à Berlin, étudiés par la possible coalition municipale de la capitale entre partis de gauche.
"C’est le fondement de notre ordre économique de marché. Et on ne s'amuse pas à faire des expériences là-dessus", a-t-il dénoncé.
G.Durand--PS