Macron a reçu les candidats à sa succession ou leur bras droit sur des crises qui risquent de "durer"
Face à une "dégradation rapide" de la situation géopolitique et des prix du carburant "devenus insupportables", Emmanuel Macron a reçu vendredi les principaux candidats à la présidentielle ou leur bras droit pour une réunion confidentielle à l'Elysée.
Au menu, les risques qui pèsent sur la France, notamment en raison de l'invasion russe de l'Ukraine.
Emmanuel Macron, qui a pris la parole à l'issue de la réunion, a prévenu que la "nature de l'agressivité russe et des menaces en Europe change".
La Russie, soupçonnée de vouloir tester les Occidentaux, est accusée de mener des opérations hybrides en Europe.
Edouard Philippe, à sa sortie de la réunion, avait affirmé que "le niveau de menace" s'élève du fait du conflit en Ukraine.
Emmanuel Macron a été "très clair sur la nécessité de continuer à faire passer des messages à la Russie" et ne pas "rentrer dans une belligérance" avec ce pays, a-t-il dit.
Marine Tondelier, la candidate écologiste, a elle estimé qu'il y a "des raisons d'être très inquiet" concernant les "entreprises de déstabilisation" de Moscou.
L'Elysée a justifié la réunion par "la dégradation rapide ces derniers jours de la situation internationale", afin d'évoquer "les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine et leurs conséquences en France sur la sécurité et l'énergie".
Autre grand sujet, les conséquences de la situation géopolitique sur les prix du carburant.
Le chef de file de Place publique, Raphaël Glucksmann, a appelé à des "aides beaucoup plus massives" pour contrer la hausse des prix du carburant, face à une situation "intenable" et "socialement explosive".
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, avait demandé à son arrivée une "baisse des taxes sur les carburants" pour répondre aux "souffrances" de "la France qui travaille".
"Le président n'a apporté aucune réponse" sur ces questions, a-t-il dit.
Il représentait sa candidate Marine Le Pen, favorite dans les sondages mais en déplacement sur le terrain. Manuel Bompard représentait lui La France insoumise, à la place de Jean-Luc Mélenchon. Edouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains) et Olivier Faure (PS) étaient également présents.
- "Eclairer le débat" -
La rencontre à huis clos avait démarré dans la nouvelle salle de crise "Vega" à 10H35.
Emmanuel Macron voulait par cette réunion rappeler à l'opinion que la flambée des prix de l'essence est due à la situation internationale, alors qu'on estime dans son entourage que cette idée est moins présente qu'au printemps quand la guerre faisait rage en Iran.
Il entendait aussi "éclairer le débat" de la campagne, glisse un conseiller, afin que les promesses des uns et des autres tiennent compte de la réalité et de la "complexité" de la situation - une manière de laisser entendre en creux que ce n'est pas toujours le cas aujourd'hui.
Emmanuel Macron a placé ce rendez-vous sur le terrain politique, en pleine campagne pour l'élection du printemps à laquelle il ne peut pas se représenter.
Le président Macron était flanqué durant la réunion des chefs du renseignement, des autorités militaires et du directeur général de l'énergie, pour partager avec ceux qui ambitionnent de lui succéder aux manettes de l'Etat "des informations confidentielles dont seul le président dispose", explique une source au sein de l'exécutif.
Le chef de l'Etat espère enfin montrer son activisme, alors même que l'absence de majorité présidentielle au Parlement et l'approche de sa fin de mandat l'ont rendu moins audible.
Les blocages du détroit d'Ormuz, dans le Golfe, et plus récemment du détroit de Bab-el-Mandeb, en mer Rouge, "ont des conséquences directes sur notre quotidien", a rappelé Emmanuel Macron jeudi sur le réseau X.
"Les Français les subissent à la pompe, avec des prix devenus insupportables", a-t-il ajouté, au lendemain d'un appel à la "mobilisation" du gouvernement pour garantir l'approvisionnement en pétrole et faire baisser la pression sur les prix.
Au sommet de l'Etat, on surveille en effet avec une certaine appréhension la colère sociale face à cette inflation énergétique, et les appels à la mobilisation pour le mois d'octobre, en essayant de scruter les possibles ressemblances avec le mouvement des "gilets jaunes" qui avait terni, en 2018, le début de la présidence Macron.
V.Lambert--PS