La Bourse de Paris souffre de la hausse de l'énergie, le "spread" franco-allemand au plus haut depuis 2012
La Bourse de Paris a connu un nouveau recul jeudi sur fond de hausse continue des prix de l'énergie en raison de la guerre au Moyen-Orient, qui a provoqué une nouvelle flambée des taux d'intérêt des dettes souveraines en Europe.
Le CAC 40 a perdu 0,49%, à 8.116,76 points. La veille, l'indice vedette avait cédé 0,36% à 8.276,80 points.
"La guerre au Moyen-Orient s'étend au delà du détroit d'Ormuz" et "cela représente une menace supplémentaire pour l'approvisionnement énergétique mondial", explique Kathleen Brooks, analyste pour XTB.
Les Houthis du Yémen, des combattants antigouvernementaux soutenus par l'Iran, ont pris jeudi le contrôle de la ville de Mokha sur la mer Rouge, une percée notable dans leur progression vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Vers 18H00, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, gagnait 5,26% à 106,53 dollars. Son équivalent américain, le WTI, prenait 5,35% à 101,19 dollars.
Le prix du gaz était lui aussi en nette hausse: le contrat à terme du TTF néerlandais, la référence pour l'Europe, avançait de 3,42%, à plus de 81,95 euros le mégawattheure, au plus haut depuis 2022.
Dans ce contexte de flambée des prix de l'énergie, la Banque centrale européenne a elle relevé jeudi ses prévisions d'inflation à 2,5% en 2027, contre 2,3% auparavant, à l'issue de sa réunion de politique monétaire délocalisée à Berlin.
L'institution a par ailleurs relevé ses taux directeurs, avertissant que les perspectives restaient incertaines, et maintenu la possibilité d'un resserrement supplémentaire.
- Les taux flambent, le "spread" franco allemand au plus haut depuis 2012 -
Cette situation accroît les craintes inflationnistes sur les marchés, provoquant une flambée des taux d'intérêt des dettes souveraines.
Le taux d'intérêt français à échéance dix ans a atteint 4,44%, contre 3,34% la veille en clôture, à des niveaux pas vus depuis 2008. Son équivalent allemand, référence sur le continent, s'est hissé à près de 3,50%, contre 3,44%, au plus haut depuis 2011.
L'écart de taux entre les deux, baptisé "spread", atteint ainsi presque 0,94 point de pourcentage, soit le plus important écart entre ces deux valeurs depuis 2012, en pleine crise des dettes souveraines en Europe.
Cela traduit une défiance spécifique envers la dette de la France, où "les finances publiques sont très détériorées", et où "il n'y a pas de majorité au sein du Parlement" pour voter un budget pour 2027, explique à l'AFP Charlotte de Montpellier, économiste pour la banque ING.
Par ailleurs, "maintenant que l'élection présidentielle arrive, on a des probabilités assez faibles que des réformes importantes soient mises en place pour changer la trajectoire", poursuit-t-elle.
- L'Oréal dépasse brièvemment LVMH -
Le géant français des cosmétiques L'Oréal a détrôné, durant quelques instants en début de séance, le géant du luxe LVMH, devenant la première capitalisation boursière de la place parisienne à la clôture du CAC 40, avant de repasser en deuxième position peu après.
La valorisation de L'Oréal a finalement atteint 200,03 milliards d'euros en clôture, contre 201,05 milliards d'euros pour le numéro un mondial du luxe LVMH, propriété du milliardaire Bernard Arnault.
En avril, LVMH s'était déjà fait brièvement ravir la première place de la Bourse de Paris par le groupe Hermès.
Dans un contexte de crise pour le luxe, ce n'est pas toutefois "l'histoire de l'Oréal qui rattrape LVMH mais plutôt LVMH qui se rapproche de L'Oréal par le bas", estime Andrea Tueni, de Saxo Banque, interrogé par l'AFP.
N.Lucas--PS