Au G20, les patrons américains de l'IA défendent une technologie incontournable
Les grands patrons américains de la tech, du dirigeant de Nvidia Jensen Huang à celui d'OpenAI Sam Altman, ont exhorté mercredi les ministres du G20 à adopter l'intelligence artificielle (IA) et à construire les centres de données nécessaires pour la faire fonctionner.
Ils s'exprimaient au deuxième jour d'une réunion du G20 aux Etats-Unis, en Caroline du Nord, où l'administration Trump les a réunis avec d'autres figures du secteur, pour exposer leur vision aux ministres des vingt premières économies mondiales.
"Au bout du compte, ce que chaque pays devra reconnaître, c'est que l'IA est une infrastructure, au même titre que l'eau, les routes, l'électricité, internet", a déclaré Jensen Huang. "Chaque pays doit construire des infrastructures pour pouvoir soutenir sa propre économie."
Nvidia, propulsée par la frénésie d'IA générative au rang de première capitalisation boursière mondiale, fabrique les processeurs graphiques (GPU) essentiels à l'entraînement des modèles.
Les centres de données sont devenus un sujet brûlant aux Etats-Unis, où une majorité d'Américains s'oppose désormais à leur construction, selon les sondages, sur fond de hausse des factures d'électricité.
Signe de ces inquiétudes, 100 à 200 manifestants opposés au développement accéléré de l'IA ont déployé des banderoles sur le campus de l'université de Caroline du Nord, où s'est tenue la réunion.
"L'idée que tous les emplois vont être supprimés, c'est tout simplement absurde", a balayé Jensen Huang. "Les tâches vont être automatisées, mais la raison d'être de nos métiers demeure."
Les pays dont les dirigeants "parlent de la technologie avec peur, avec incertitude" en pâtiront, a-t-il averti : "Le pire scénario, c'est de ne pas en tirer profit, d'être distancé."
- "L'inquiétude est justifiée" -
Sam Altman s'est montré moins pressant sur les centres de données : "Certains d'entre vous choisiront d'en construire, d'autres d'en louer auprès de tiers parce que vous n'en voulez pas dans votre pays. Tout cela me va très bien."
L'adoption de l'IA, en revanche, n'est pas optionnelle aux yeux du patron d'OpenAI, qui a comparé un pays refusant cette technologie à celui qui aurait refusé l'électricité il y a un siècle : "Ce n'est pas négociable. Vous devez l'utiliser. La valeur pour un pays est trop importante pour être ignorée."
Il a en revanche adopté un ton plus alarmiste sur les risques : "L'inquiétude est justifiée" et "c'est par l'inquiétude que nous anticipons les problèmes", a-t-il déclaré, établissant un parallèle avec les normes anti-incendie nées après des destructions de grandes villes.
Il a aussi mis en garde contre une concentration des richesses de l'IA, assurant qu'OpenAI ne voulait pas être la seule entreprise du secteur ni "aspirer toute la valeur".
- Moment "Boucles d'or" -
Les ministres se sont montrés plus circonspects. Personne ne conteste l'opportunité décrite par les industriels, a déclaré à l'AFP le ministre britannique chargé de la science, de l'innovation et de l'investissement, Chris McDonald, "mais ceux qui dirigent des entreprises n'ont pas les mêmes responsabilités que ceux qui dirigent des pays".
Londres entend à la fois mener l'accélération de l'IA et gagner la confiance du public : "Il n'y a pas à choisir entre la protection de la propriété intellectuelle et l'IA, ou entre la croissance économique et l'essor de l'IA. Il faut trouver le point d'équilibre."
"Le porridge ne doit être ni trop chaud ni trop froid. Il doit être juste à point, et c'est une affaire de jugement", a-t-il résumé, en convoquant l'image du célèbre conte "Boucles d'or et les trois ours".
Le Royaume-Uni ne connaît pas la fronde qui vise les projets américains, mais rien ne garantit que cela dure, a prévenu le ministre, citant les résistances passées à l'hydrogène et à la fracturation hydraulique : "Nous devons veiller à embarquer les populations avec nous. Il ne s'agit pas d'être un évangéliste de la technologie, mais d'être pratique, pragmatique."
Q.Vincent--PS