Des groupes kurdes basés en Irak voient une opportunité de changement en Iran
Ni Washington, ni Téhéran: exilé en Irak, un commandant de l'opposition kurde iranienne affirme que son mouvement n'appuiera pas une éventuelle attaque américaine contre la République islamique, mais continuera à lutter pour le droit des Kurdes iraniens à l'autodétermination.
Dans les montagnes irakiennes proches de la frontière iranienne, la région autonome du Kurdistan irakien sert depuis longtemps de refuge à plusieurs factions armées kurdo-iraniennes, régulièrement visées par des frappes de l'Iran.
"Nous ne pouvons prendre le parti ni des Américains ni des Iraniens. Notre cause est différente (...) notre objectif est un changement démocratique en Iran, une démocratie qui profitera au peuple kurde", dit à l'AFP Mazloum Haftan, haut commandant du Parti pour une vie libre au Kurdistan (PJAK).
"Nous n'attaquerons pas l'Iran et nous ne défendrons pas non plus le régime actuel", ajoute cet homme de 54 ans, revendiquant une "troisième voie: oeuvrer pour un changement démocratique et pacifique".
L'AFP l'a rencontré avec ses combattants dans un bunker creusé dans un massif montagneux escarpé, aujourd'hui recouvert de neige, près de la frontière iranienne.
Les groupes kurdes iraniens sont depuis longtemps dans le viseur de Téhéran. Nombre d'entre eux ont combattu par le passé les forces de sécurité iraniennes dans les régions à majorité kurde, limitrophes de l'Irak.
Ces dernières années, ils se sont toutefois largement abstenus d'actions armées, tout en poursuivant depuis l'exil leur campagne contre la République islamique.
Ils ont récemment intensifié leur lobbying après les manifestations de masse en Iran, dont la répression a fait des milliers de morts, sur fond de menaces américaines de frappes contre Téhéran.
- "Dans le sang" -
Selon Mazloum Haftan, en cas de guerre, l'Iran pourrait viser les positions de l'opposition kurde dans le nord de l'Irak. Les autorités iraniennes, dit-il, ont renforcé leur dispositif sécuritaire et militaire dans les régions à majorité kurde de l'ouest de l'Iran.
La semaine dernière, le PJAK et quatre autres groupes en exil ont annoncé la formation d'une coalition politique visant à renverser la République islamique et, à terme, obtenir l'autodétermination.
Si un changement devait intervenir en Iran, dit M. Haftan, son mouvement sera attentif à la manière dont la question kurde sera traitée.
L'objectif est l'instauration d'"un système décentralisé, après avoir expérimenté la monarchie puis le pouvoir du Guide suprême".
Les mouvements kurdes d'opposition soutiennent de longue date les manifestations contre le pouvoir en Iran. Le mois dernier, ils avaient appelé à une grève générale en appui à la vague de contestation.
En 2022, l'Iran avait mené des frappes meurtrières contre des militants kurdes iraniens en exil, les accusant d'avoir attisé les manifestations déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune Kurde iranienne arrêtée pour infraction au strict code vestimentaire.
En Iran, "les Kurdes ont été à l'avant-garde de la lutte pour la démocratie et la liberté. Quand on conduit un peuple, il faut en payer le prix, et nous l'avons payé dans le sang", affirme le commandant Haftan.
- "Une opportunité" -
Les Kurdes, considérés comme l'un des plus importants peuples sans Etat au monde, forment l'une des principales minorités non persanes d'Iran.
Parmi les plus anciens et importants mouvements d'opposition kurdes iraniens, le Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI) a perdu des combattants et plusieurs de ses dirigeants sous les tirs iraniens.
Un de ses commandants, Mohammed Nazif Kader, indique à l'AFP par téléphone que son groupe n'a pas soutenu les attaques israéliennes et américaines contre l'Iran.
"Notre coalition s'appuie sur le peuple iranien, en particulier les Kurdes", déclare-t-il.
Mais "si une guerre éclate, elle créera probablement une opportunité pour l'opposition iranienne de revenir" et de "chercher à instaurer un système démocratique", avance-t-il.
"Nous sommes en état d'alerte maximal et pleinement prêts (...) à toutes les formes de lutte", y compris armée.
E.Roger--PS