Emmanuel Macron déambule sans heurts majeurs dans un Salon sans vache
Un tour de cadran sans encombre ni relief: Emmanuel Macron a déambulé douze heures durant dans les travées d'un Salon de l'agriculture privé de ses vaches, parvenant à s'entretenir avec plusieurs syndicats, y compris les contestataires de la Coordination rurale (CR), qui avaient pourtant d'abord refusé l'invitation.
Poids des normes, droits de douane, aléas climatiques, accord commercial avec le Mercosur, épidémies: malgré les griefs, Emmanuel Macron a réussi à naviguer sans heurts majeurs dans cette édition du Salon, qui a pu être autrefois plus passionnée.
Avant d'inaugurer l'événement, le chef de l'Etat avait dit vouloir rencontrer les syndicats "qui le souhaitent", appelant à l'unité face aux crises qui secouent le monde agricole.
Mais la CR, dont l'ascension ébranle l'hégémonie de la FNSEA, a elle accepté une rencontre avec le chef de l'Etat après avoir dit refuser de "s'afficher" avec lui lors d'un "salon de la souffrance" agricole.
"Il nous a promis une énième réunion à l'Elysée avec les autres syndicats et les filières. Mais ça fait deux ans qu'on porte les mêmes choses, il a juste à les mettre en application", a déploré le N.1 de la CR Bertrand Venteau à la sortie du rendez-vous.
Cette réunion a été confirmée par l'Elysée mais sans date précise.
- Manifestation de "bonnets jaunes" -
Après le rendez-vous, José Pérez, président de la CR du Lot-et-Garonne, a pris la tête d'un groupe de "bonnets jaunes" avec des pancartes pour manifester dans le hall et demander un rendez-vous avec Emmanuel Macron et tous les syndicats "dès ce (samedi) soir", "cette nuit s'il le faut".
"Les agriculteurs attendaient de ce salon des réponses. Là, il n'y a pas une vache. Il n'y a plus rien. C'est une honte", a-t-il déclamé devant ses adhérents, appelés à se mobiliser "massivement" mais contraints de revoir leurs ambitions à la baisse face au dispositif de sécurité autour du président Macron. Les visiteurs ont aussi été tenus à l'écart de la déambulation présidentielle.
Après avoir coupé le ruban, Emmanuel Macron a rencontré les responsables de la FNSEA et des JA, qui avaient accepté l'invitation.
Les deux syndicats espèrent que le chef de l'Etat pèsera dans les négociations sur le budget de la politique agricole commune (PAC) post-2027.
En amont de la présidentielle mais surtout des municipales de mars, les personnalités politiques se succéderont jusqu'au dimanche 1er mars parmi les centaines de stands.
Depuis dix ans, le nombre d'agriculteurs n'a cessé de baisser en France et les crises se sont accumulées, déclenchant des manifestations à grand renfort de tracteurs ces trois dernières années.
- Soutien à l'élevage -
Les tempêtes et les crues qui ont submergé de nombreuses cultures ces derniers jours ont assombri encore plus les esprits des agriculteurs, dont beaucoup n'ont pas la tête à la fête.
Dans l'après-midi, le président a écouté les doléances des nombreuses filières. Avant d'achever sa tournée chez les brasseurs, un verre de bière en main, il a entendu les réprésentants de la pêche demander un soutien sur "la reconduction a minima du budget européen" du secteur et le renouvellement de la flotte, enjeu de "souveraineté alimentaire" et de "sécurité" pour l'Europe.
Il au aussi soutenu les filières de la volaille, des œufs et du porc dans leurs demandes de simplification pour la construction de nouveaux bâtiments afin d'assurer "la souveraineté alimentaire".
"On ne peut pas mettre plus de temps à faire un poulailler qu'on a pris à rénover Notre-Dame", a déclaré Emmanuel Macron en écho aux demandes de la FNSEA qui veut, pour installer des élevages, une loi d'exception sur le modèle de celle qui a permis de reconstruire la cathédrale parisienne.
Le président a annoncé vouloir travailler avec les préfets pour identifier les "projets prioritaires" et simplifier ainsi leur développement.
Il a en revanche regretté l'absence de vaches en raison de la dermatose, contre laquelle la France est "en train de gagner durablement le combat", selon lui.
"D'habitude, on vient pour voir les vaches, ça fait un peu bizarre. Mais c'est toujours un moment convivial. Et ça permet de rencontrer des gens du milieu", se réjouit Lisa Picarougne, 20 ans, étudiante dans une école d'ingénieurs agronomes, dont les parents sont éleveurs de bovins dans le Cantal.
I.Masson--PS