Eiji Aonuma insuffle "le plaisir de l'exploration" de la saga Zelda depuis 25 ans
Il a beau être derrière certains des plus gros succès de Nintendo, Eiji Aonuma, le producteur de la saga de jeux vidéo Zelda, confie à l'AFP être "nerveux" dans l'attente de la réaction des joueurs à la sortie du remake d'"Ocarina of Time" le 5 novembre.
"Je suis tout nerveux à l'idée de sortir le remake d'+Ocarina+ car je ne sais pas ce que ça va donner, je n'arrête pas d'y penser", déclare à l'AFP le Japonais de 63 ans, rencontré après avoir fait vendredi chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres au ministère de la Culture français.
Une décoration décernée 20 ans après son mentor chez Nintendo, Shigeru Miyamoto.
Si le père de Mario a également créé "The Legend of Zelda" en 1986, la série est pilotée depuis plus de 25 ans par Eiji Aonuma, qui a repris les rênes de la saga au début des années 2000.
Les jeux narrent les aventures du guerrier Link, qui lutte à travers les âges contre le démon Ganondorf pour sauver la princesse Zelda.
Iles flottant dans les airs, océan balayé par les vents : sous sa direction, "The Legend of Zelda" a évolué pour offrir des univers de plus en plus plus vastes et permissifs.
"J'ai beaucoup travaillé à exploiter l'espace pour surprendre les joueurs et stimuler leur imagination", note le concepteur, afin de "créer des jeux qui suscitent chez eux le plaisir de l'exploration, cette envie de tenter une action, de voir ce que ça donne et d'appliquer ce raisonnement par la suite".
"C'est précisément sur ce point que j'ai réussi à apporter ma contribution à la série", c'est "l'essence même de Zelda aujourd'hui", résume le créateur japonais aux petites lunettes hexagonales, parmi les personnalités les plus respectées du jeu vidéo.
La série connaît un succès grandissant : les deux derniers opus principaux, "Breath of the Wild" (2017) et "Tears of the Kingdom" (2023), cumulent à eux deux plus de 55 millions de ventes.
- Poupées et 3D -
Pour maintenir l'intérêt des joueurs, la saga alterne entre des sorties majeures et des titres plus modestes, pendant longtemps réservés aux machines portables de Nintendo.
À cela s'ajoutent des aventures annexes (les "Hyrule Warriors" par exemple) et des refontes d'anciens titres, dont "Ocarina of Time" est sans conteste la plus ambitieuse.
Un épisode à la signification toute particulière pour le développeur originaire de Nagano, fils d'un ingénieur en télécommunication et deuxième d'une famille de trois enfants.
Entré un peu par hasard chez Nintendo à la fin des années 1980, ce passionné de dessin oeuvre comme graphiste avant d'être repéré par Miyamoto, qui le fait venir sur son nouveau projet : le cinquième opus de Zelda, intitulé "Ocarina of Time".
"C'était la première fois que Nintendo créait des jeux en 3D", se souvient-il. "A l'université, j'ai étudié le design, et notamment les compositions en 3D au travers des poupées Karakuri (automates traditionnels japonais). Cela correspondait bien avec mon travail à l'époque, qui consistait à concevoir les donjons de +Ocarina of Time+".
Il prend les rênes de la suite, "Majora's Mask" (2000), et dirige plusieurs opus avant de basculer dans un rôle de producteur pour superviser le développement de la saga.
- "Pas toujours facile" -
Pour le 40e anniversaire de Zelda, le créateur japonais a décidé d'opérer pour la Switch 2 une refonte en profondeur de l'épisode sorti en 1998.
"+Ocarina of Time+ est un jeu qui a créé une norme à l'époque" pour la série, relève-t-il, à savoir une histoire dont on suit les rebondissements jusqu'à vaincre le boss final.
Au sein de ses équipes, il explique travailler avec des jeunes, dont certains n'ont jamais joué au jeu original.
"C'est grâce à ces jeunes, en réfléchissant à comment adapter le jeu de la meilleure des façons, à comment le rendre amusant manettes en mains, que ce remake a vu le jour", révèle-t-il. "J'espère que ceux qui connaissent les Zelda récents (...) comprendront comment la série a évolué à partir de ces fondements".
Si, dans son discours de remerciement à la ministre de la Culture Catherine Pégard, Eiji Aonuma n'a pas manqué de rappeler que "le chemin parcouru n'a pas toujours été facile", il ne semble pas prêt à passer la main pour autant.
"Je suis très intéressé de voir ce que les jeunes vont imaginer" pour les prochains titres, assure-t-il. En se disant "extrêmement heureux" de proposer ses conseils pour "réfléchir ensemble" au prochain Zelda.
S.Denis--PS