Secrets de GTA VI: Rockstar face à ses salariés licenciés devant un tribunal de Glasgow
À quelques semaines de la sortie très attendue de son jeu "Grand Theft Auto VI" (GTA VI), Rockstar Games s'est présenté jeudi devant un tribunal du travail de Glasgow: une vingtaine d’anciens salariés contestent leur licenciement par le studio, qui les accuse d'avoir partagé des informations confidentielles.
La procédure doit durer plusieurs semaines jusqu'au 16 octobre.
L'entreprise, qui cultive une culture du secret, possède plusieurs sites au Royaume-Uni, dont le principal à Edimbourg, où son studio Rockstar North est le berceau historique de sa franchise GTA, l'une des plus emblématiques et des plus vendues de l'industrie du jeu vidéo.
Les 23 plaignants, qui travaillaient à Lincoln (Angleterre), Dundee (Ecosse) et Edimbourg, font partie des 31 employés licenciés en octobre 2025 dans le pays pour avoir, selon Rockstar, violé leurs accords de confidentialité en échangeant des messages sur la plateforme Discord.
Mais pour le syndicat IWGB (Independent Workers' Union of Great Britain), qui demande leur réintégration ou une compensation, ils ont en réalité été ciblés en raison de leur activité syndicale.
L'organisation juge aussi "illégale" la manière ils ont été licenciés, sans procédure disciplinaire ni droit de recours.
L'entreprise, qui conteste ces accusations, a assuré dans un communiqué à l'AFP que ces employés avaient été licenciées "pour faute grave à la suite du partage d'informations confidentielles (...) et non en raison de leur appartenance ou de leur activité syndicale présumée ".
- "Secrets" -
Dans des remarques préliminaires dévoilées jeudi et consultées par l’AFP, le studio affirme que près de 350 personnes participaient au forum de discussion sur Discord, parmi lesquelles "d'anciens employés mécontents, des concurrents et un journaliste" connu pour ses articles critiques de la franchise.
Certains membres proféraient selon Rockstar des propos injurieux envers la hiérarchie, d'autres mentionnaient des protocoles de sécurité l'entreprise, l'état de d'avancement de GTA VI ou encore des fonctionnalités du jeu, "l'un des secrets les mieux gardés de l'entreprise".
L'entreprise, filiale du géant américain Take-Two Interactive, explique aussi vivre sous la menace constante de fuites autour de la sortie le 19 novembre de GTA VI, en piste pour devenir le plus grand lancement d'un produit de divertissement de tous les temps, 13 ans après le précédent volet.
Certaines séquences inédites du jeu, qui met en scène un duo de protagonistes à la "Bonnie and Clyde" dans un univers inspiré de la Floride, ont d'ailleurs fuité cet été sur Internet, poussant le studio à en diffuser un long aperçu fin août.
Les avocats des plaignants affirment dans leurs propres remarques préliminaires que les échanges en question ont eu lieu sur "une plateforme sécurisée et privée, accessible uniquement sur invitation aux employés" de Rockstar Games "et aux représentants de l’IWGB", pas au public.
- "Culture de la peur" -
Ils allèguent de l’existence de deux "taupes", qui auraient rapporté les messages compromettants au directeur des ressources humaines. Jusqu’à ces licenciements, que le syndicat situe quelques jours après qu'il ait atteint le seuil de 10% d’adhérents, nécessaire à sa reconnaissance au sein de l'entreprise.
"Tu as un peu l'impression qu'en étant syndiqué, tu te retrouves avec une cible dans le dos", a témoigné auprès de l'AFP Lloyd Knott, 42 ans, membre de l'IWGB, qui a travaillé sur les effets visuels de GTA VI. Il dénonce une "culture de la peur" dans le milieu du jeu vidéo et relève le zèle de Rockstar en matière de sécurité.
"Je ne savais pas si je pourrais un jour retravailler dans le secteur" ou "garder mon logement", regrette pour sa part Branimira Yordanova, 31 ans, elle aussi licenciée. "Dire que les effets ont été dévastateurs ne suffit pas à les décrire", poursuit cette spécialiste lumière.
Une quarantaine de personnes munies des banderoles dénonçant un "démantèlement syndical" étaient réunies devant le tribunal avant l'audience. Quelques employés actuels étaient présents.
Trois autres salariés ont également été licenciés au Canada, mais ne sont pas concernés par cette procédure devant le tribunal du travail de Glasgow.
Y.Martinez--PS