La France en quête d'explications face au chaos, nouvelles tensions à Paris
La France cherche des explications et des responsables au lendemain du chaos semé dans les principales villes de France en marge de la mobilisation contre la "vie chère" samedi et qui se prolongeait encore dimanche à Paris avec de nouvelles vives tensions et images de pillage.
La CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, a été déployée pour le deuxième jour d'affilée à Paris, selon une source proche du dossier. Elle est "engagée place de la République", où des tensions sont en cours, avec des affrontements entre plusieurs centaines de personnes et les forces de l'ordre.
Des actions de pillage ont également repris dans ce secteur, avec un magasin de vêtements concerné, selon des images de télévision.
Plus de 30.000 pilleurs ont été dénombrés samedi à Marseille, selon la préfecture de police des Bouches-du-Rhône.
Sous pression, le président Emmanuel Macron doit s'adresser aux Français à 20H00, au lendemain d'une journée de "la colère" lycéenne et sociale qui s'est soldée par quelque 2.000 interpellations et 600 blessés dans les rangs policiers.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, dont la démission est réclamée à gauche et à l'extrême droite, s'exprimera dans la foulée au JT de 20H de TF1.
Mairies attaquées, magasins saccagés, rues jonchées de débris... Dans les nombreuses villes touchées par les violences, l'heure était au bilan, à la désolation et parfois à la colère. "C'est lamentable, effarant, des meutes de jeunes qu'on a vues hier ici, qui pillent, qui cassent en toute impunité", a déploré Cécile Rogue, 57 ans, à Paris.
Même sentiment devant la mairie de Limoges, dévastée par les flammes samedi. "Mes enfants se sont mariés ici, ça fait mal au cœur", confie Jean-Louis, un riverain retraité. "On peut avoir des revendications sans tout casser".
A Lyon ou à Paris, des volontaires sont venus spontanément aider à déblayer les rues du centre-ville jonchées de débris, pour conjurer leur impuissance. "Je me suis levée ce matin, (...) j'avais pas de mots et je voulais me sentir utile", explique Clémentine, 47 ans, croisée dans la capitale des Gaules.
- Rues "ravagées" -
Dans toute la France, pas moins de 1.500 commerces ont été pris pour cible, selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), évaluant les dégâts à "plusieurs centaines de millions d'euros".
Habitué des grandes mobilisations, le pays a déjà connu des épisodes de violences avec les gilets jaunes en 2018-2019, les émeutes provoquées par la mort de Nahel en 2023 ou les manifestations contre la réforme des retraites la même année. Mais la journée de samedi marque, selon certains observateurs, un point de bascule.
"Je n'ai jamais vu ça même au plus fort des gilets jaunes", confiait un représentant des forces de l'ordre à Rennes. Cette journée marquera "sans doute une césure", selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung choqué par le niveau de violences à l'unisson de la presse étrangère.
- "Risque pour la Nation" -
Impuissants face au pillage et aux destructions, plusieurs maires cherchent des réponses.
A Limoges, le maire Guillaume Guérin (LR) a accusé l'État d'avoir "abandonné ses policiers nationaux face à des hordes de sauvages".
Le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), avait dès samedi "demandé des comptes" pour comprendre comment "des gens ont pu impunément casser".
La mobilisation samedi a été "plus importante que les prévisions" obligeant à adapter "le dispositif en temps réel", a admis le préfet du Nord Bertrand Gaume.
Une commission d'enquête parlementaire sur les violences sera créée et portera également sur la stratégie de maintien de l'ordre, a annoncé la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet (Renaissance).
Samedi, plusieurs manifestants ont été blessés, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade. Ils ont rapporté avoir été nassés et aspergés de gaz lacrymogène par les forces de l'ordre.
C'est "un miracle que le bilan ne soit pas plus lourd", a estimé le Premier ministre Sébastien Lecornu.
A quelques mois de la présidentielle, le débat a rapidement rebondi sur le terrain politique. "La France a été humiliée hier", a déclaré Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, imputant les violences "à LFI et à ses proxys". Les Insoumis accusent, eux, le gouvernement d'attiser la colère depuis le début du mouvement lycéen mi-septembre.
Marine Le Pen a fustigé un "pouvoir macroniste à bout de souffle, épuisé, désorienté".
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger : le président américain Donald Trump a écrit que "la France brûle", estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.
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M.Marie--PS