Les Etats-Unis lèvent leur blocus naval contre l'Iran
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi la levée de leur blocus des ports iraniens, et des navires ont pu franchir le détroit d'Ormuz, après la signature d'un protocole d'accord par Washington et Téhéran qui ouvre un nouveau cycle de négociations.
Le vice-président américain JD Vance a affirmé qu'il pourrait se rendre "ce week-end" en Suisse pour entamer ces discussions avec les responsables iraniens. "Mais cela pourrait changer parce qu'il n'est pas facile d'avoir des réponses d'un pays comme l'Iran" a-t-il déclaré en conférence de presse.
Après l'accord cadre qui a mis un terme au conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël, qui a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban, et bousculé l'économie mondiale, ces discussions doivent aborder le programme nucléaire iranien.
Le protocole évoque un mécanisme permettant de traiter les stocks d'uranium hautement enrichi "en recourant, au minimum, à une méthode de dilution sur place sous la supervision de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique)", ce que Washington présente comme une "victoire majeure".
En attendant d'éventuelles avancées sur cet épineux dossier, la circulation maritime reprend dans le détroit d'Ormuz, verrouillé par l'Iran depuis le début de la guerre.
Les forces américaines "ont laissé plus d'une douzaine de bateaux passer", a révélé JD Vance jeudi. "Nous respectons nos engagements".
"On a quand même le sentiment qu'aujourd'hui les Américains, enfin Trump, ne veulent qu'une seule chose, c'est la réouverture du détroit d'Ormuz et que les autres questions qui avaient été mises en avant pour justifier cette guerre ne sont plus du tout d'actualité", analyse pour l'AFP Agnès Levallois, Présidente de l'Institut de Recherche et d'Études Méditerranéennes Moyen-Orient.
A New York, le Nasdaq gagnait 1,02% en fin d'après-midi et le Dow Jones progressait de 0,30%, tandis qu'en Europe, Paris a clôturé la journée en gagnant 0,44%. Le prix du baril de Brent, pétrole de la mer du Nord, a lui reculé autour de 77 dollars, contre 60 à 70 dollars avant la guerre.
Mais la presse américaine est très sévère. Même Fox News, la télévision préférée du locataire de la Maison Blanche, donne la part belle à ceux qui "affirment que le cadre offre à l'Iran d'énormes avantages financiers, sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire".
Les Etats-Unis s'engagent, en cas d'accord définitif, à faciliter "avec leurs partenaires régionaux", notamment du Golfe, le déblocage d'un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l'Iran, sans que cela implique une quelconque participation financière américaine.
- "Iran puissant" -
Côté iranien, le protocole d'accord a été signé par le président Massoud Pezeshkian qui a salué un document "historique" émanant d'un "Iran puissant". Il "acte l'échec des Etats-Unis", a commenté de son côté le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf
Téhéran peut en effet se féliciter d'avoir obtenu la promesse d'un déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et de la suspension des sanctions américaines sur la vente de pétrole iranien, dès la mise en œuvre du protocole.
Mais les habitants de la capitale iranienne se montrent prudents sur l'accord.
"Je doute fort qu'il soit durable", confie Mina, psychologue de 54 ans, interrogée par l'AFP à Paris. "Peut-être qu'après les 60 jours (de négociation d'un texte final), les hostilités reprendront. Les Etats-Unis exigent que l'Iran cède son uranium et laisse le Liban tranquille, ce que la République islamique refuse. Je suis donc presque certain que cet accord ne durera pas", souffle-t-elle.
Malgré l'apaisement, "le combat n’est pas terminé", a déclaré jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, "d’autres défis nous attendent".
Il a appelé à préserver la "relation vitale" entre Israël et les Etats-Unis, alors que l'accord a fait l'objet de vives critiques en Israel y compris au sein de son gouvernement.
"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux", a rétorqué JD Vance
Au Liban, Israël a poursuivi ses frappes contre le Hezbollah pro-iranien depuis l'annonce lundi de l'accord américano-iranien, faisant huit morts, dont trois jeudi.
Le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, voit lui aussi dans cet accord une "grande victoire" pour l'Iran, qu'il a remercié d'avoir insisté pour que le front libanais en fasse partie.
Il a appelé à "tirer profit" de ce texte pour "expulser Israël" du territoire libanais, exhortant Beyrouth à arrêter les négociations directes avec Israël, engagées depuis avril sous l'égide de Washington.
Le président libanais Joseph Aoun avait auparavant assuré que ce processus était "indépendant" de l'accord américano-iranien, auquel Israël n'a pas été associé.
burs-apz/cab
O.Bertrand--PS