Pékin interdit de territoire quatre députés néo-zélandais après une visite à Taïwan
La Chine a imposé une interdiction de territoire à quatre députés néo-zélandais qui se sont rendus à Taïwan, a indiqué jeudi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Wellington, l'une des parlementaires dénonçant des mesures d'"intimidation".
Les quatre députés de divers partis ont effectué une visite dans l'île revendiquée par Pékin début mai, selon le groupe d'audiovisuel public néo-zélandais RNZ.
Le ministre des Affaires étrangères néo-zélandais, Winston Peters, s'est déclaré "surpris" par cette décision, et a demandé aux diplomates d'évoquer le sujet auprès de responsables chinois à Pékin et à Wellington.
La visite des députés est compatible avec le principe d'une seule Chine de la Nouvelle-Zélande, en vertu duquel Wellington reconnaît la revendication de Pékin sur Taïwan, a insisté son bureau.
"Les membres du Parlement néo-zélandais sont libres de prendre leurs propres décisions individuelles, indépendamment du gouvernement, quant à la manière dont ils répondent aux invitations à se rendre à l’étranger", a noté le porte-parole du ministère.
Si Wellington n’entretient pas de relations diplomatiques avec Taïwan, "cela n’empêche pas la Nouvelle-Zélande de maintenir des échanges commerciaux, économiques ou culturels" avec l'île, a déclaré le ministère.
La Chine considère Taïwan comme l'une de ses provinces, qu'elle n'a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Elle plaide pour une solution pacifique tout en se réservant la possibilité de recourir à la force.
- Condamnation de Taïwan -
Le gouvernement taïwanais a condamné "fermement" cette mesure de rétorsion jeudi, soulignant que Taïwan et la Chine "ne sont pas subordonnés l'une à l'autre", dans un communiqué.
Le bureau de la présidence taïwanaise a précisé que les parlementaires avaient rencontré la vice‑présidente Hsiao Bi-khim durant leur visite.
L'une des députées concernée par l'interdiction, Laura McClure, a déclaré à RNZ que l'interdiction chinoise était une "forme d'intimidation" à l'encontre des parlementaires néo-zélandais.
"La Nouvelle-Zélande est souveraine, les membres du Parlement ont le droit de représenter leurs communautés et les électeurs, et nous avons le droit de voyager librement à travers le monde", a objecté la député du parti conservateur ACT.
Le député travailliste Duncan Webb, qui a aussi participé au voyage, a indiqué que les parlementaires avaient été avertis par l'ambassade de Chine avant leur départ qu’ils risquaient une interdiction, indique RNZ. "Avec les tensions croissantes, je suppose que la réaction (de la Chine) n'est pas surprenante, mais je trouve cela décevant", a déclaré M. Webb.
La ministre des Affaires étrangères australienne, Penny Wong, a également fait part lors d’une audition au Sénat de la "préoccupation" de Canberra face à ces interdictions.
Sollicitée par l'AFP, l'ambassade de Chine à Wellington n’a pas répondu.
Selon RNZ, l'ambassade a indiqué qu'elle lèverait l'interdiction de territoire si les responsables politiques présentaient des excuses.
"Il n'est pas exactement clair sur quoi porteraient nos excuses, et si c'est uniquement pour avoir voyagé à Taïwan, je ne présenterai personnellement pas d'excuses", a déclaré Mme McClure.
Wellington a longtemps été l'un des partenaires les plus proches de Pékin parmi les démocraties occidentales, alors que la Chine est le premier partenaire commercial de Wellington. Mais les relations se sont tendues ces dernières années entre les deux Etats à mesure que la Chine a cherché à étendre sa puissance militaire et diplomatique dans le Pacifique.
Le gouvernement néo-zélandais de centre-droit de Christopher Luxon a resserré ses relations avec l'Australie et les Etats-Unis.
O.Bruneau--PS