Un veto hongrois empêche de nouvelles sanctions contre Moscou, un "revers" pour l'UE
L'absence d'accord des Vingt-Sept sur de nouvelles sanctions contre la Russie, pour cause de veto hongrois, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion russe de l'Ukraine, est un "revers", a reconnu lundi la cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas.
"C'est un revers et un message que nous ne voulions pas envoyer aujourd'hui, mais le travail continue", a-t-elle déclaré à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE à Bruxelles.
En raison d'un veto de la Hongrie, les 27 ne sont pas parvenus à adopter un nouveau "paquet" de sanctions contre Moscou, le 20ème depuis l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe le 24 février 2022.
Budapest avait annoncé dès ce week-end son intention de bloquer cette adoption, tant qu'elle n'aura pas obtenu la reprise des livraisons de pétrole russe via un oléoduc actuellement endommagé et qui traverse l'Ukraine.
"La Hongrie y opposera son veto. Tant que l'Ukraine n'aura pas repris le transit de pétrole vers la Hongrie et la Slovaquie via l'oléoduc Droujba", a indiqué dimanche le ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó.
- "Regrettable" -
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a assuré, ce week-end, qu'il bloquerait également, pour les mêmes raisons, l'adoption d'un prêt de 90 milliards d'euros en faveur de l'Ukraine, décidé en décembre par les dirigeants de l'UE, Hongrie y compris.
"Il est vraiment regrettable que la décision à laquelle tous les pays sont parvenus au Conseil européen, tous les dirigeants, fasse maintenant l’objet d’un revirement", a déploré Mme Kallas.
Antonio Costa, président du Conseil européen, qui rassemble les chefs d'Etat et de gouvernement des 27, et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sont attendus tous les deux mardi à Kiev, où ils auront l'occasion d'évoquer ce sujet avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
"Une décision prise par le Conseil européen doit être respectée. Lorsque les dirigeants parviennent à un consensus, ils sont liés par cette décision. Toute violation de cet engagement constitue une atteinte au principe de coopération loyale", a averti de son côté M. Costa, dans une lettre adressée à M. Orban rendue publique lundi.
La Hongrie et la Slovaquie accusent l'Ukraine d'empêcher la réouverture de l'oléoduc Droujba qui, selon Kiev, a été endommagé par des frappes russes. La Slovaquie affirme que cet oléoduc a été réparé mais que Kiev continue à le maintenir fermé pour faire pression sur Bratislava, dont le gouvernement est réticent à une adhésion trop rapide de l'Ukraine à l'UE, et sur la Hongrie, qui bloque le processus d'adhésion en cours de discussion à Bruxelles.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est néanmoins dit certain de l'adoption de ce 20ème paquet de sanctions.
"La question n'est pas de savoir s'il sera adopté (...) c'est une certitude, mais quand il le sera. Et de ce point de vue-là, chacun doit tenir ses engagements", a-t-il affirmé devant la presse, à son arrivée à Bruxelles.
"Si nous ne sommes pas en mesure d'imposer des sanctions à la Russie, alors la Russie sera satisfaite", a également mis en garde son homologue estonien Margus Tsahkna.
L'Union européenne a proposé début février de nouvelles sanctions contre la Russie, ciblant le secteur bancaire et l'énergie, dont une interdiction des services maritimes (maintenance, remorquage, etc.) aux navires transportant du pétrole russe.
Mme Kallas a également annoncé qu'elle avait décidé de limiter à 40 le nombre de diplomates russes autorisés à représenter leur pays auprès de l'Union européenne.
L'UE cherche également à limiter l'octroi de visas aux citoyens russes ayant combattu en Ukraine, a-t-elle assuré. "Nous ne voulons pas que des criminels de guerre et des saboteurs arpentent nos rues", a-t-elle déclaré.
L.Lefevre--PS