Colombie: un important groupe armé soutient l'union des guérillas pour contrer les Etats-Unis (commandant à l'AFP)
Le commandant de l'ELN, l'un des plus importants groupes armés de Colombie, a assuré jeudi à l'AFP soutenir une union des guérillas afin de repousser toute action militaire des Etats-Unis dans le pays sud-américain.
S'il s'agit d'une initiative "pour défendre la Patrie contre l'agresseur étranger", "nous nous retrouverons dans la lutte", a affirmé jeudi dans un échange électronique avec l'AFP le commandant de l'ELN (Armée de libération nationale), connu sous le nom de Antonio Garcia.
Ivan Mordisco, chef de la principale dissidence de l'ex-guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et rebelle le plus recherché du pays, a proposé la semaine dernière un sommet des commandants guérilleros pour faire face à Washington, sur fond de turbulences dans la région après l'arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro.
Selon les experts, l'ELN, l'une des plus puissantes organisations criminelles d'Amérique latine, entretenait des liens étroits avec Caracas avant la capture de Maduro par les forces américaines le 3 janvier.
La Colombie et le Venezuela partagent une frontière poreuse de plus de 2.200 kilomètres où différents groupes armés se disputent les revenus du narcotrafic, de l'exploitation minière illégale et de la contrebande.
En décembre, Donald Trump avait averti que des pays producteurs de cocaïne en Amérique latine étaient "susceptibles d'être attaqués", mentionnant la Colombie qui "fabrique de la cocaïne" et "nous la vend".
L'ELN et le groupe mené par Ivan Mordisco dénoncent un plan des États-Unis pour s'approprier les ressources naturelles de la Colombie. Ensemble, ils comptent environ 9.400 combattants, selon des chiffres des forces militaires de 2025.
- Désescalade diplomatique -
Après des menaces répétées de frappes américaines en Colombie, l'heure est à la désescalade dans les relations entre le président colombien Gustavo Petro et son homologue américain.
Les deux dirigeants, qui s'invectivaient depuis des mois, ont eu leur premier entretien téléphonique il y a une semaine. Ils ont convenu de "mener des actions conjointes" contre l'ELN et le président colombien de gauche doit rencontrer Donald Trump le 3 février aux Etats-Unis, alliés historiques de Bogota dans la lutte anti-drogue.
Ils devraient aborder la manière d'affronter militairement les narcotrafiquants en Colombie, premier producteur mondial de cocaïne.
Interrogé sur sa disposition à entrer en guerre avec les États-Unis, le chef de l'ELN a assuré à l'AFP que son organisation "fait ce qu'elle a à faire à chaque moment de la lutte".
Les attaques terrestres seraient une étape supplémentaire dans l'offensive américaine contre des narcotrafiquants présumés, entamée en septembre par des bombardements de navires dans les Caraïbes et le Pacifique qui ont fait plus de 100 morts.
- Abandon des pourparlers -
Le ministre colombien de la Défense, Pedro Sanchez, a jugé mercredi lors d'une visite à Washington que la proposition d'union des guérillas s'expliquait par le fait que leurs commandants sont conscients que "la menace d'une action létale" contre eux s'est accentuée.
Les services de renseignement colombiens soupçonnent le commandant de l'ELN de vivre au Venezuela, utilisé comme base arrière par plusieurs groupes armés.
Une source au sein des forces armées colombiennes a récemment indiqué que des commandants de guérillas fuyaient après la chute de Maduro, pour rentrer en Colombie.
Dans les réponses envoyées à l'AFP, Antonio Garcia a affirmé que "l'ELN est centré" sur la Colombie et qu' "il n'y a aucun exode" depuis le Venezuela.
Le président Petro a tenté de négocier la paix avec l'ELN depuis son arrivée au pouvoir en 2022, mais sans succès. En janvier 2025, les pourparlers ont cessé après une attaque de cette guérilla née dans les années 1960 contre une faction rivale des anciennes Farc qui a fait plus de 100 morts dans le Catatumbo, une région proche du Venezuela.
F.Richard--PS