Carburants: le gouvernement prolonge et élargit l'aide aux grands rouleurs pour contenir l'inquiétude des Français
Le gouvernement a annoncé mardi une prolongation jusqu'à la fin de l'année et un élargissement de l'aide aux grands rouleurs, pour tenter de répondre à l'inquiétude des Français les plus affectés par la flambée des prix des carburants, provoquée par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine.
L'aide va être prolongée jusqu'à la fin de l'année et le nombre de bénéficiaires potentiels va être élargi à 5,5 millions de personnes, a annoncé jeudi le gouvernement, face à la hausse des prix à la pompe.
Pour les bénéficiaires, l'aide de 100 euros "représentera l'équivalent de 40 centimes par litre de carburant pour deux mois en moyenne", a déclaré la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, également ministre déléguée à l'Energie. Jusque là, 3 millions de personnes étaient éligibles.
Les aides supplémentaires aux ménages et aux professionnels annoncées mardi représentent 450 millions d'euros, a indiqué le ministre des Comptes publics David Amiel.
"Nous avons conscience que la situation est très dure pour nos concitoyens", a déclaré en préambule avec gravité le ministre de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, qui a toutefois souligné que la situation était la conséquence d'événements extérieurs : "c'est une situation que nous n'avons pas choisie. Elle s'impose à nous, elle s'impose à nous toutes et nous tous".
A la pompe, c'est l'inquiétude: "Est-ce que je vais pouvoir manger bien à la fin du mois ?", s'inquiète Sylvano Doré, responsable livraison, interrogé mardi dans une station-service de Bobigny, contraint de "mettre plus dans l'essence que dans la nourriture".
- Pas d'inquiétude sur les approvisionnements -
Le gouvernement avait déjà prolongé la semaine dernière des dispositifs destinés aux pêcheurs, au BTP ou aux agriculteurs, tous gros consommateurs d'hydrocarbures.
Le président de la République, Emmanuel Macron, a auparavant écrit à la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, pour proposer des mesures nécessitant l'aval européen: l'assouplissement des normes de qualité des carburants, afin d'améliorer la productivité des raffineries, incorporer davantage de biogazole pour les moteurs diesel ou encore reporter le plan méthane qui doit s'appliquer au 1er janvier.
Roland Lescure a toutefois réitéré qu'il n'y avait à ce stade "aucun problème d'approvisionnement en France", avec "deux mois de visibilité", même s'il y a des tensions sur le kérosène utilisé par les compagnies aériennes, et surtout le gazole, très consommé en France.
Le prix du baril de Brent "est en train de redescendre et les acteurs économiques font le pari d'une amélioration", a déclaré Philippe Casbas, nouveau président du syndicat professionnel des pétroliers Ufip, sur Europe 1. Mais "pour qu'il descende réellement", et entraîne avec lui les prix à la pompe, il faurait qu'il y ait des signaux d'accalmie" au Moyen-Orient, a-t-il souligné.
Le prix du gazole s'établissait mardi à 2,41 euros le litre en moyenne en France, selon une analyse de l'AFP des données publiques, un record. Ceux de l'essence SP98 à 2,27 euros et SP95-E10 à 2,17 euros.
- Pas de cagnotte -
La colère sociale s'est déjà manifestée la semaine dernière par des blocages de dépôts pétroliers par des pêcheurs.
Certains responsables politiques craignent la résurgence de mouvements du type "gilets jaunes", qui s'était cristallisé fin 2018 contre l'augmentation d'une taxe sur les carburants. Cette fois l'inflation tient à une guerre lointaine, insiste l'exécutif.
Mais sa marge de manœuvre est faible compte tenu de la dégradation des finances publiques, avec un endettement qui s'annonce record l'an prochain, dans un contexte de hausse des taux d'intérêt qui alourdit encore la facture.
Pour dissiper tout soupçon d'effet d'aubaine fiscale pour le gouvernement, Sébastien Lecornu entend proposer aux parlementaires d'inscrire dans le budget 2027 une "règle d'or" établissant que les surplus éventuels de TVA générés par la hausse des prix des carburants soient "neutralisés" et "restitués" aux Français, a annoncé son entourage mardi.
"Il n'y a pas eu, il n'y a pas et il n'y aura pas de cagnotte", a souligné lors de la conférence de presse le ministre des Comptes publics, David Amiel.
Il a également redit l'opposition du gouvernement à toute baisse de taxe généralisée : "ceux qui aujourd'hui viennent annoncer des baisses d'impôt générales annonceront demain des hausses de taxes générales pour pouvoir les compenser", a déclaré M. Amiel.
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R.Fournier--PS