Minelli liquide sacs et chaussures avant sa fermeture définitive
"Liquidation -60%": mises en place à la hâte mercredi matin, les petites affiches en vitrine annoncent la couleur aux derniers clients. Nouvelle victime de la crise du prêt-à-porter, le chausseur Minelli fermera définitivement ses portes après le 30 mai.
Les boutiques de l'enseigne, placée en redressement judiciaire en mars pour la deuxième fois en trois ans, resteront ouvertes jusqu'à cette date.
Sur le réseau social Instagram, la marque d'articles de maroquinerie et de chaussures fondée en 1973 a annoncé à ses clients "avec le cœur lourd" sa fermeture prochaine et des prix réduits de 60% d'ici là sur les produits.
"Les commandes sur le site web sont malheureusement suspendues", a précisé Minelli.
Dans le 6e arrondissement de Paris mercredi, une dizaine de clients formait une file d'attente, boites en cartons en mains, dans un petit magasin Minelli dont l'exiguïté empêchait de déambuler librement.
- Clientes surprises -
"Quand il y a des offres, des soldes, je viens", a indiqué à l'AFP, après son achat une habituée qui a souhaité rester anonyme. Surprise par la fermeture du chausseur "haut de gamme", elle pense que l'essor de "l'achat en ligne" a eu raison des boutiques Minelli.
Une autre cliente régulière, informée par mail de la fermeture, confie qu'elle pensait que "la marque se portait plutôt bien". Elle assure s'efforcer d'acheter en boutique, limitant Internet à un simple outil pour repérer de nouveaux articles.
Avant Minelli, de nombreuses enseignes comme Claire's, Jennyfer, Okaïdi, IKKS, marques d'accessoires ou de prêt-à-porter, ont été placées en redressement judiciaire ou liquidées en France depuis deux ans.
Le secteur est en effet bousculé par les nouvelles habitudes de consommation, l'inflation des coûts de l'énergie, des matières premières et des loyers commerciaux, ou encore la concurrence de la seconde main et de la fast fashion, en particulier les sites asiatiques à très bas prix.
Les candidats au rachat de l'enseigne avaient jusqu'au 11 mai pour déposer leur dossier. Mais la demi-douzaine d'offres rendues publiques mardi par le greffe du tribunal des activités économiques de Paris sont pour la plupart très partielles, ne prévoyant la reprise que d'un ou deux des 21 points de vente de Minelli ou de la marque sans ses salariés.
Les marques de mode Maje (groupe SMCP) et Father and Sons, l'opticien Jimmy Fairly et la chaîne de boulangeries Mie Câline, ont ainsi manifesté leur intérêt pour une ou deux boutiques.
De manière plus surprenante, le groupe de transport et de logistique Baghaira a proposé de reprendre la marque Minelli, ses stocks (évalués à 2,7 millions d'euros) et "neuf salariés" du siège de Gémenos (Bouches-du-Rhône), mais pas ses 21 boutiques et leurs "77 salariés", pour 300.000 euros et en misant sur le commerce en ligne.
Enfin, un ancien acteur de la mode et de l'horlogerie, Philippe Sayada, propose une reprise globale pour seulement deux euros, dans des conditions qui restent à préciser.
- Hécatombe -
Minelli annonce fermer ses boutiques, mais le tribunal ne s'est pas encore prononcé sur le papier. La procédure de redressement judiciaire se poursuit techniquement.
Interrogée dans la boutique du 6e arrondissement par l'AFP, une salariée a regretté de "ne pas avoir le coeur à répondre", une autre n'a pas souhaité faire de déclarations en son nom.
L'enseigne emploie au total 86 personnes, d'après l'offre du groupe Baghaira.
La marque Minelli avait déjà été placée en redressement judiciaire en 2023 à Marseille.
Elle avait été alors sauvée par trois repreneurs, - des investisseurs et la marque de vêtements "Mes Demoiselles Paris" - et intégrée dans une nouvelle entité, "Maison Minelli", en redressement judiciaire depuis mars après une procédure de sauvegarde.
Ce sauvetage s'était fait au détriment de nombreux salariés, avec des effectifs passés alors de 600 à moins de 200.
L'enseigne a perdu 3,7 millions d'euros lors de son dernier exercice publié, 2024-2025.
C.Blanc--PS